lundi 7 septembre 2009

Départ


Voici un poème que j'ai composé hier soir. C'est un hymne à l'amitié, à l'amour fraternel. Il met timidement en mots ce que je ressens actuellement face à un ami proche, atteint de la maladie d'Alzheimer. Je vous le partage bien simplement. Pour ceux ou celles qui ont vécu ou vivent une situation similaire. Pour ceux ou celles qui me connaissent ou qui le connaissent et l'apprécient tout autant que moi... Le souvenir du moment est éphémère mais le souvenir du cœur est éternel...


DÉPART

Au tournant où ma jeunesse comme une rose commence à se faner

Alors qu’à peine je commençais à goûter aux fruits de la liberté

Voilà qu’un cruel précipice vient bouleverser le cours de ma route

A le contempler mon cœur est rempli d’effroi et de doute


La peur s’insinue dans les replis de mon esprit

Comme un long serpent qui se déroule à l’infini

Des larmes obscurcissent mon regard

Mon cœur affligé est transpercé par un dard


Alors que je n’étais encore qu’une jeune fille fragile et renfermée

L’homme que j’aimais le plus au monde m’a quittée

A force de labeur, de sueur, de peine et de douleur

Mon père trop tôt s’en est allé en laissant éclater son cœur


Sur la vie, sur la mort, sur l’abime du passé j’ai pleuré et détesté mon sort

N’offrant que mes épines, empêchant sans le savoir la rose en moi d’éclore

Jusqu’au jour où implorant une grâce du Ciel

Est entré dans ma vie un ami providentiel


J’ai ressenti dans tout mon être le vertige d’un nouveau départ

Un frisson, une douceur, l’accueil d’un regard

De la tendresse pure qui a su m’émouvoir

Et redonner à mon cœur un élan d’espoir


Pour la première fois de ma vie je me sentais appréciée et aimée

Par un homme dont le cœur était débordant de bonté

Il a su lire en moi au delà des apparences

Traverser comme un preux chevalier l’armure de mes défenses


Je l’ai accueilli dans ma vie comme une noyée reçoit une bouée de sauvetage

Et j’ai vu peu à peu s’ouvrir une brèche dans ma nature sauvage

Sa présence et son amitié sans retour ont planté en moi des germes de guérison

Nous épaulant l’un et l’autre, ensemble nous avons traversé de si belles saisons


Nous fûmes l’un pour l’autre refuge, soutien, défi, comme le sont de vrais amis

Chacun invitant l’autre à avancer, avec l’aide de Dieu, courageusement dans la Vie

Où s’amoncelaient parfois des nuages gris de tristesse, d’angoisse et de dépression

Mais aussi des moments de bonheur, de tendresse, d’engagement et de consolation


Voilà qu’une voleuse insidieuse s’est introduite dans sa mémoire

Nous dérobant le temps précieux qu’il nous restait à partager notre histoire

Il meurt un peu plus chaque jour l’ami fidèle, le second père que j’ai tant aimé

Son regard se vide me laissant impuissante et affolée


Je m’accroche tant que je peux pour ne pas le laisser partir

Refusant cette séparation qui me dévore et me déchire

Je ne veux pas l’abandonner, l’amitié c’est pour le meilleur et pour le pire

Mais dois-je couler avec lui au fond de l’abîme ou quitter ce navire?


Me voici emprisonnée dans les filets du doute et de l’incertitude

Par la peine de son départ, la peur de l’avenir et de la solitude

Ce qui me semble une fin selon ce que perçoit mon regard

Serait-elle le prélude à un nouveau départ?


Départ vers un ici et maintenant remplaçant peu à peu la méfiance par la confiance

Que la Vie et le Ciel ont déjà pour moi un chemin d’abondance

Aurai-je le courage de m’abandonner enfin et de sauter dans ce vide qui me fait face

Sachant que c’est la seule issue pour qu’en mon cœur assoiffé de tendresse se libère une place

Françoise, 6 septembre 09




4 commentaires:

  1. Françoise, j'ai été touchée par ta prose poétique... Tes phrases dans leur douceur, disent tellement de choses, et frémissent d'émotion!
    Merci Françoise...

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  2. C'est presque Noel...C'est bientôt la fin de l'année...cette année qui me fut pénible, qui fut difficile à beaucoup d'entre nous.
    Françoise, je pense à toi ce soir et je souhaite du fond du coeur, que tu ailles
    " bien ou mieux "
    Je t'embrasse fort.

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  3. Françoise, ou es-tu ?
    C'est bientôt Noël, et bientôt une nouvelle année...
    J'espère que tu vas, "bien ou mieux"...
    Je pense à toi ce soir, et du fond du cœur, je te fais tous mes Vœux !
    JOYEUX NOËL ET BONNE ANNÉE !
    Avec affection, beaucoup de bisous...

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  4. 11 septembre 2009 !!! C'est déjà loin...
    Ou es-tu ?
    Je souhaite, simplement, que tu ailles bien...
    Amitié.

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